Classe inversée : « le cours magistral est très inefficace »

Publié le 29 Juin 2018

 

 

Enseignant-chercheur de biologie à Paris Descartes et membre du comité scientifique du CLIC 2018, Antoine Taly a "inversé" et "renversé" ses classes. Une façon de mettre ses étudiants en action, très loin du cours magistral.

 

Antoine Taly, chercheur au CNRS, enseigne la Biologie, sous forme de classe « inversée / renversée », aux étudiants de la licence « Frontières du vivant » de Paris Descartes. Il est aussi responsable pédagogique du diplôme « apprendre par le jeu » de la même université, et membre du comité scientifique du CLIC 2018, qui a lieu du 29 juin au 2 juillet à Paris.

En quoi consiste votre classe inversée ?

Ma pédagogie inversée, mise aussi en place par 4 autres enseignants de la licence “Frontières du vivant” a deux modalités. D’abord, un cours destiné à ceux qui viennent d’arriver en première année, sous une forme assez classique de classe inversée : les étudiants ont quelque chose à faire en amont du cours, un chapitre de livre ou des documents numériques à lire, des vidéos à visionner, et des exercices sur Internet, puis en cours, s’en suit une séance de questions-réponses et de discussions entre pairs.

Je me suis lancé dans la classe inversée en 2011. A l’époque, je voulais que les étudiants aient la possibilité de poser autant de questions qu’ils le voulaient – ce qui n’était pas possible avec le cours magistral. D’où l’idée de faire acquérir aux élèves, en amont, les connaissances de base. Chacun arrive avec des questions, et chacun essaie de répondre à celles des autres. Ces questions-réponses permettent finalement à chaque étudiant de travailler son esprit critique.

Une fois mes étudiants rompus aux nouvelles façons de travailler issues de la classe inversée (un protocole très différent du cours magistral), je suis passé à la seconde étape : la production de ressources. En deuxième année, j’ai ainsi mis en place une classe “renversée” : ce sont les étudiants qui créent eux-mêmes les contenus du cours (exposés, chapitres), qui seront étudiés par les autres. Ce système plus poussé est destiné à travailler avec les étudiants sur leurs capacités à apprendre, afin de leur permettre, en plus d’acquérir des connaissances, de remettre celles-ci à jour dans 5 ou 10 ans, en leur apprenant à se documenter et à effectuer des recherches poussées.

Quelle est votre posture, en tant qu’enseignant, dans le cadre de la classe inversée / renversée ?

 

La classe renversée d’Antoine Taly / capture d’un reportage de Claude Tran

Mon rôle n’est plus de transmettre mes connaissances, mais de définir quelles connaissances les étudiants ont besoin d’acquérir, de préparer un programme – et c’est ensuite à eux de l’acquérir, par la lecture, le débat et les recherches.

De nombreuses études en sciences de l’éducation montrent que le cours magistral est assez peu efficace, contrairement aux pédagogies actives, en particulier la classe inversée. Ce n’est pas une question de motivation, mais d’apprentissage : on comprend et on retient mieux quand on est davantage actif. La classe inversée / renversée permet aussi de différencier le travail, en permettant à certains étudiants d’approfondir des sujets, de leur côté – ce qui les rend véritablement autonomes.

Je reste là pour étayer et orienter les étudiants. Il y a un équilibre à trouver : l’idée, c’est d’être suffisamment présent pour qu’ils ne soient pas perdus, et suffisamment peu présents pour qu’ils aient l’opportunité de faire les choses par eux-mêmes.

Quelles sont pour vous les principales forces de la classe inversée ?

On regroupe sous le chapeau de la classe inversée de nombreuses pratiques très différentes, il est donc difficile de généraliser. En tant que méthode qui permet la pédagogie active, cela peut se refléter par une meilleure efficacité en terme, de compréhension et de rétention des connaissances.

Ce que nous faisons n’est pas forcément innovant : les classes mutuelles datent du 19e siècle, les méthodes Socratiques basées sur des questions-réponses remontent à l’Antiquité. Par contre, la classe inversée / renversée est sans doute plus efficace, car on se distancie de la parenthèse du cours magistral – qui est finalement assez récent (1880)

Pour la majorité des étudiants, le cours magistral, surtout s’il est long, est très inefficace. Certains réussissent à suivre les “CM” sur des périodes longues, mais la grande majorité décrochent au bout d’un quart d’heure – car c’est la capacité d’attention du cerveau.

Il est quasiment impossible de faire avancer tout un amphi uniquement en magistral. Il est possible de dynamiser sa présentation, de s’interrompre pour proposer une activité en cours de route, d’utiliser des systèmes de quiz en direct comme Plickers… Mais rien n’est aussi efficace que le passage aux pédagogies actives.

Pouvez-vous nous parler du “guide” que vous allez constituer lors du CLIC 2018 ?

Je vais accompagner un collègue du secondaire, qui va présenter des conseils sur la façon de mettre en place une classe inversée. En parallèle, je vais essayer de lancer un travail d’écriture, lors d’un atelier collaboratif (avec le public), afin de proposer à la fin du Congrès un guide, semblable à une revue de littérature dans la recherche, que les enseignants pourront utiliser. L’idée, c’est de concevoir quelque chose de plus facilement accessible aux enseignants du primaire et du secondaire, que des articles scientifiques un peu arides pour eux.

Finalement, est-ce simple de se lancer dans la classe inversée ? Quels conseils donneriez-vous à des profs intéressés ?

Ce n’est pas difficile si l’on n’a pas d’ambition démesurée. Plutôt que d’essayer en vain de tout renverser d’un coup et de tout modifier de fond en comble d’une année sur l’autre, mieux vaut y aller petites touches par petites touches, en fonction du nombre d’étudiants et des contraintes locales.

 

Rédigé par hl_66

Publié dans #Réflexion

Commenter cet article