Publié le 10 Novembre 2019

Dans son livre "Quand les profs aiment les élèves" (éditions Odile Jacob), Mael Virat, chercheur en psychologie spécialisé dans les mécanismes d’apprentissage et les pratiques éducatives, explique l'importance de cet enjeu. Entretien.

C’est en commençant comme enseignant que vous vous êtes penché sur la relation affective professeur-élève et ses effets. Comment est-ce venu exactement ?

J’ai été enseignant vacataire en SVT en lycée pendant quelques années avant d’enseigner pour la protection judiciaire de la jeunesse à des adolescents en centres d’insertion. Bien que le contexte soit différent, j’ai remarqué que dans ces deux cas quand les élèves appréciaient l’enseignant, ils étaient plus mobilisés et obtenaient de meilleurs résultats. Mes collègues faisaient le même constat que moi. Mais quand on en parlait ensemble, très vite, on avait un dogme en tête qui nous rappelait qu’on n’était pas là pour ça. L’implication relationnelle et affective entre professeur et élèves est un sujet tabou. Certaines personnes ont déjà l’intuition que cette relation influe sur les résultats mais j’avais envie de la valider à partir d’études. C’est ainsi que j’en ai fait mon sujet de thèse.

On a longtemps dit qu’il fallait éviter de s’impliquer émotionnellement avec les élèves. Depuis quelques années, les études prouvent le contraire…

Oui, il y a des études qui continuent de m’impressionner. Elles sont réalisées à très long terme, pendant parfois dix ans sur des milliers d’élèves. Les enseignants-chercheurs mesurent plein de variables (milieu social, fratrie, compétences intellectuelles…) et arrivent à isoler l’enseignant comme seul paramètre qui diffère. Des années après, on le voit statistiquement, il y a un lien entre la relation établie avec leur enseignant et leur réussite professionnelle. En tant que professeur, on se dit souvent qu’on sème des graines et là les études en montrent les résultats.

En quoi cette relation affective est-elle bénéfique pour l’élève ?

Quand on apprend, on passe par des émotions négatives. On peut éprouver du découragement. On peut penser que ça ne sert à rien car on se sent en situation d’échec. L’attention et la mémoire, entre autres, sont sous l’influence des informations émotionnelles et vice-versa. Ainsi, si l’élève sent le regard sécurisant de l’enseignant, ça l’aide à surmonter ses difficultés, à rester concentré sur sa tâche. Quand il se sent aimé, estimé, ça le rassure et lui permet de développer sa curiosité et son autonomie. Ca lui donne envie d’explorer des terres inconnues, de se dépasser, y compris en dehors de la classe. Cela lui apporte un sentiment de bien-être à l’école qui favorise les comportements pro-sociaux comme le fait de vouloir aider les autres, par exemple. 

Et qu’en retire l’enseignant ?

Les études démontrent qu’en moyenne les enseignants les plus impliqués affectivement sont les plus motivés et satisfaits de leur travail. C’est un cercle vertueux. Bien sûr ce niveau de satisfaction peut varier d’une classe à l’autre. Un groupe avec des élèves ayant des problèmes de comportement peut mettre l’enseignant en difficulté et l’amener à moins s’investir. Mais il en sera le premier à en payer le prix car il sera alors moins satisfait de son travail. Donner de son énergie est généralement plutôt payant.

Qu’est-ce qu’on entend finalement par « aimer les élèves » ?

L’amour que j’étudie est celui compassionnel, tourné vers le bien de l’autre, où l’on n’attend rien en retour. C’est un amour asymétrique où l’on a plaisir à voir l’élève s’améliorer et se passer de nous au final.

Quelle attitude adopter pour l’instaurer dans sa classe ?

Cette relation affective se manifeste par une capacité à penser aux élèves, à leur consacrer du temps, à se représenter ce qu’ils ressentent… Ca revient à faire preuve d’empathie. C’est aussi une certaine manière de regarder l’élève, positivement, d’avoir confiance en ses capacités, en sa personne, de l’estimer, de faire attention à lui. Ca passe également par une attitude comportementale avec des actes concrets. Ca peut être, par exemple, le fait de réexpliquer une leçon, de préparer quelque chose qui peut les intéresser, de les encourager verbalement. Il y a aussi une dimension émotionnelle. Ca se ressent quand un professeur a plaisir à retrouver ses élèves, à les voir progresser ou qu’il est peiné quand ils sont en difficulté. 

Comment trouver la juste frontière ?

Je dirais que plus qu’une question de distance c’est surtout une question d’être à la bonne place. On ne peut pas tout partager avec un élève et inversement. Il n’y a pas de hiérarchie, chacun a juste un rôle différent à tenir. L’enseignant doit avoir une attention inconditionnelle sans être intrusif pour laisser de l’autonomie à l’élève. Certains enseignants mettent une barrière claire une fois les cours finis pour préserver leur vie perso, d’autres ont une porosité moins encombrante. C’est à chacun d’être vigilant par rapport à ses besoins.

Peut-on réussir à s’impliquer affectivement avec certains élèves plus agités ?

C’est plus difficile mais en même temps tellement central ! Ca oblige à trouver des solutions. Les enseignants développent alors souvent leur capacité à voir ces élèves autrement. Ils se disent que l’élève ne perturbe pas le cours intentionnellement, qu’il a des difficultés par ailleurs. Ce qui permet de continuer à s’impliquer avec lui. Les travaux démontrent que cette capacité à voir l’élève autrement dépend beaucoup des ressources que l’enseignant trouve lui-même autour de lui, c’est-à-dire s’il est isolé ou soutenu.

Justement, comment faire quand on se sent parfois mal reconnu ou aimé soi-même par l’institution, la société ?

C’est compliqué… On peut se dire qu’on est là pour les élèves. On peut aussi trouver du soutien auprès de son conjoint, de ses proches. Mais idéalement, c’est auprès des inspecteurs, des chefs d’établissement, et de son équipe que l’on doit trouver ces appuis. C’est important de prendre le temps de se réunir autour d’une table pour parler de ces sujets et pas uniquement de l’aspect matériel ou organisationnel.

 

 

Rédigé par hl_66

Publié dans #Réflexion

Publié le 7 Octobre 2019

Quand on fait une dépression, l’amour et le soutien de ceux qui comptent dans notre vie sont essentiels. Voici quelques pistes pour venir en aide à un ami, un conjoint ou un proche qui se bat contre ce trouble mental.

SANTÉ- La dépression se manifeste de multiples façons: une tristesse prolongée et omniprésente, un sentiment d'inutilité ou de dégoût de soi, des troubles de l'appétit ou du sommeil, une irritabilité ou un manque d'énergie... Autant de symptômes éprouvants qui rendent le quotidien difficile à assumer.

"Je compare souvent la dépression au monstre qui se cache sous le lit. On ne sait jamais à quel moment il va sortir de sa tanière pour attaquer et rendre la vie encore plus pénible et pesante", nous déclare Karla Culbertson, qui en souffre elle-même. "Si elle reste extrêmement compliquée à gérer, il est réconfortant de pouvoir s'appuyer sur des membres de la famille et autres proches pour apprivoiser les recoins les plus sombres de sa vie."

Une personne sur dix étant victime de cette maladie mentale à un moment donné, il est probable que vous ou l'un de vos proches en soyez affectés. Ci-dessous, des personnes ayant eu affaire à la dépression expliquent comment les amis et la famille peuvent aider à alléger ce fardeau.

 

1. Écoutez sans essayer à tout prix de "trouver une solution"

 

"Le simple fait d'être présent pour celui qui traverse une période difficile est parfois la seule chose qui compte. Dans ces moments-là, essayez de ne pas proposer de solutions. Le mieux étant de ne pas être dépressif, celui qui l'est s'en voudra d'autant plus de ne pas réussir à reprendre pied que cela semble à la portée de tous. Le mieux que vous puissiez faire, c'est de faire preuve d'empathie. Ça compte énormément pour une personne dépressive: elle s'en souviendra et appréciera." Christie Matherne

 

2. Aidez-les avec les corvées ménagères qui leur paraissent insurmontables

"Allez faire leur lessive afin qu'ils puissent changer de sous-vêtements. Ou lavez la montagne de vaisselle qui s'empile dans l'évier. Quand on est mal, parler de ce qu'on ressent peut aider, bien sûr, mais peut aussi donner l'impression d'être sommé d'expliquer ce que cela fait d'être en feu, alors qu'on est en train de brûler." @AlecWhithPen

 

3. Plutôt que demander ce que vous pouvez faire, proposez de vous charger d'une tâche précise

"Ne dites pas: 'Je peux faire quelque chose pour t'aider?' C'est très gentil, mais personnellement, je déteste. C'est mettre toute la responsabilité sur le dos de la personne dépressive, qui va répondre: 'Non, c'est bon' parce qu'elle n'a pas la volonté d'exprimer ses besoins ni de faire des choix." @AlecWhithPen

 

4. Faites preuve de beaucoup de patience quand la personne une mauvaise passe

"Il est important que le conjoint sache que je fais de mon mieux. Je peux avoir besoin d'espace pour me ressourcer, je peux être facilement frustrée, avoir souvent besoin d'être rassurée sur l'amour que l'autre me porte. Si je partage mes combats avec lui à un niveau intime, cela veut dire que je l'aime, que j'ai confiance en lui. Mon conjoint doit être conscient que j'essaie d'être la meilleure version possible de moi-même, mais que cela demande du temps, des efforts et de l'entraînement." Maria Fraschilla

 

5. Envoyez un petit texto ou un message amusant pour qu'elle sache que vous pensez à elle

"J'adore recevoir des petits textos ou des mèmes idiots de mes amis. Parfois je ne me sens pas capable de répondre (et je m'en veux) mais j'adore les recevoir. Il arrive que ma journée s'en trouve sauvée quand je suis au fond du trou. C'est très important qu'ils le sachent." Sow Ay

Sow Ay
Quand on est aux prises avec la dépression, la visite d'un ami ou d'un parent compte beaucoup, surtout si celui-ci arrive avec quelque chose de bon à manger!

 

6. Essayez de ne pas le prendre personnellement si elle ne réagit pas à vos sollicitations

"Quand on est en dépression, on se convainc qu'on n'a rien à apporter à personne et on se ferme à ceux qui aimeraient réellement faire partie de nos vies. Cet intense dégoût de soi peut passer pour une manifestation d'arrogance. Alors, à tous ceux que je n'ai pas rappelés ou que j'ai rembarrés, s'il vous plaît, dites-vous que vous n'y êtes pour rien. Si vous voulez bien me laisser une chance et comprendre le rôle que joue la dépression là-dedans, ça pourrait être la main tendue dont j'ai besoin pour sortir de ce trou dans lequel je m'enfonce." Craig Tomashoff

 

7. Rappelez-lui à quel point elle est forte et capable dans les moments où elle se sent inutile

"J'ai besoin que vous me rappeliez tout ce que j'ai surmonté et accompli, qu'il y existe dans le monde des gens qui ont bénéficié de mon éthique de travail positive." Culbertson

 

8. Dites-lui que tout le monde a le droit de ne pas aller bien par moments

"À cause de la dépression, je passe mon temps à culpabiliser: je ne sors pas, je ne travaille pas assez, je ne mange pas assez sain... Le fait qu'on me rappelle que ce n'est pas grave et que ce n'est pas ma faute — parce que la dépression est une maladie — m'aide énormément. J'ai besoin qu'on me le rappelle souvent parce qu'elle ne cesse de me dire que je ne suis bon à rien." ― Sow Ay

 

9. Tenez-lui la main ou faites-lui un câlin quand elle n'a pas envie de parler

"Dans mes moments les plus sombres, mon conjoint s'assied à côté de moi, me tient la main et c'est fou comme ça me fait du bien. Il sait que je ne parle pas beaucoup. Il n'essaie jamais de me tirer les vers du nez. Il préfère me dire qu'il m'aime et qu'il est là pour moi. Ce sont ces petites choses qui me donnent l'impression d'être entourée d'amour et que je ne me laisserai pas engloutir par la noirceur de la dépression." Crystal N.

 

10. Apportez-lui un petit cadeau, leur gourmandise préférée, une petite carte sympa ou des fleurs

"Les petits cadeaux comme les fleurs ou les bonbons sont toujours agréables quand on va mal. Les fleurs sont belles à regarder et font très souvent naître un sourire sur mon visage. Et les bonbons et le chocolat, c'est tellement bon! Comment résister?" Culbertson

Cet article, publié sur le HuffPost américain, a été traduit par Catherine Biros pour Fast ForWord.

Rédigé par hl_66