Publié le 7 Octobre 2019

Quand on fait une dépression, l’amour et le soutien de ceux qui comptent dans notre vie sont essentiels. Voici quelques pistes pour venir en aide à un ami, un conjoint ou un proche qui se bat contre ce trouble mental.

SANTÉ- La dépression se manifeste de multiples façons: une tristesse prolongée et omniprésente, un sentiment d'inutilité ou de dégoût de soi, des troubles de l'appétit ou du sommeil, une irritabilité ou un manque d'énergie... Autant de symptômes éprouvants qui rendent le quotidien difficile à assumer.

"Je compare souvent la dépression au monstre qui se cache sous le lit. On ne sait jamais à quel moment il va sortir de sa tanière pour attaquer et rendre la vie encore plus pénible et pesante", nous déclare Karla Culbertson, qui en souffre elle-même. "Si elle reste extrêmement compliquée à gérer, il est réconfortant de pouvoir s'appuyer sur des membres de la famille et autres proches pour apprivoiser les recoins les plus sombres de sa vie."

Une personne sur dix étant victime de cette maladie mentale à un moment donné, il est probable que vous ou l'un de vos proches en soyez affectés. Ci-dessous, des personnes ayant eu affaire à la dépression expliquent comment les amis et la famille peuvent aider à alléger ce fardeau.

 

1. Écoutez sans essayer à tout prix de "trouver une solution"

 

"Le simple fait d'être présent pour celui qui traverse une période difficile est parfois la seule chose qui compte. Dans ces moments-là, essayez de ne pas proposer de solutions. Le mieux étant de ne pas être dépressif, celui qui l'est s'en voudra d'autant plus de ne pas réussir à reprendre pied que cela semble à la portée de tous. Le mieux que vous puissiez faire, c'est de faire preuve d'empathie. Ça compte énormément pour une personne dépressive: elle s'en souviendra et appréciera." Christie Matherne

 

2. Aidez-les avec les corvées ménagères qui leur paraissent insurmontables

"Allez faire leur lessive afin qu'ils puissent changer de sous-vêtements. Ou lavez la montagne de vaisselle qui s'empile dans l'évier. Quand on est mal, parler de ce qu'on ressent peut aider, bien sûr, mais peut aussi donner l'impression d'être sommé d'expliquer ce que cela fait d'être en feu, alors qu'on est en train de brûler." @AlecWhithPen

 

3. Plutôt que demander ce que vous pouvez faire, proposez de vous charger d'une tâche précise

"Ne dites pas: 'Je peux faire quelque chose pour t'aider?' C'est très gentil, mais personnellement, je déteste. C'est mettre toute la responsabilité sur le dos de la personne dépressive, qui va répondre: 'Non, c'est bon' parce qu'elle n'a pas la volonté d'exprimer ses besoins ni de faire des choix." @AlecWhithPen

 

4. Faites preuve de beaucoup de patience quand la personne une mauvaise passe

"Il est important que le conjoint sache que je fais de mon mieux. Je peux avoir besoin d'espace pour me ressourcer, je peux être facilement frustrée, avoir souvent besoin d'être rassurée sur l'amour que l'autre me porte. Si je partage mes combats avec lui à un niveau intime, cela veut dire que je l'aime, que j'ai confiance en lui. Mon conjoint doit être conscient que j'essaie d'être la meilleure version possible de moi-même, mais que cela demande du temps, des efforts et de l'entraînement." Maria Fraschilla

 

5. Envoyez un petit texto ou un message amusant pour qu'elle sache que vous pensez à elle

"J'adore recevoir des petits textos ou des mèmes idiots de mes amis. Parfois je ne me sens pas capable de répondre (et je m'en veux) mais j'adore les recevoir. Il arrive que ma journée s'en trouve sauvée quand je suis au fond du trou. C'est très important qu'ils le sachent." Sow Ay

Sow Ay
Quand on est aux prises avec la dépression, la visite d'un ami ou d'un parent compte beaucoup, surtout si celui-ci arrive avec quelque chose de bon à manger!

 

6. Essayez de ne pas le prendre personnellement si elle ne réagit pas à vos sollicitations

"Quand on est en dépression, on se convainc qu'on n'a rien à apporter à personne et on se ferme à ceux qui aimeraient réellement faire partie de nos vies. Cet intense dégoût de soi peut passer pour une manifestation d'arrogance. Alors, à tous ceux que je n'ai pas rappelés ou que j'ai rembarrés, s'il vous plaît, dites-vous que vous n'y êtes pour rien. Si vous voulez bien me laisser une chance et comprendre le rôle que joue la dépression là-dedans, ça pourrait être la main tendue dont j'ai besoin pour sortir de ce trou dans lequel je m'enfonce." Craig Tomashoff

 

7. Rappelez-lui à quel point elle est forte et capable dans les moments où elle se sent inutile

"J'ai besoin que vous me rappeliez tout ce que j'ai surmonté et accompli, qu'il y existe dans le monde des gens qui ont bénéficié de mon éthique de travail positive." Culbertson

 

8. Dites-lui que tout le monde a le droit de ne pas aller bien par moments

"À cause de la dépression, je passe mon temps à culpabiliser: je ne sors pas, je ne travaille pas assez, je ne mange pas assez sain... Le fait qu'on me rappelle que ce n'est pas grave et que ce n'est pas ma faute — parce que la dépression est une maladie — m'aide énormément. J'ai besoin qu'on me le rappelle souvent parce qu'elle ne cesse de me dire que je ne suis bon à rien." ― Sow Ay

 

9. Tenez-lui la main ou faites-lui un câlin quand elle n'a pas envie de parler

"Dans mes moments les plus sombres, mon conjoint s'assied à côté de moi, me tient la main et c'est fou comme ça me fait du bien. Il sait que je ne parle pas beaucoup. Il n'essaie jamais de me tirer les vers du nez. Il préfère me dire qu'il m'aime et qu'il est là pour moi. Ce sont ces petites choses qui me donnent l'impression d'être entourée d'amour et que je ne me laisserai pas engloutir par la noirceur de la dépression." Crystal N.

 

10. Apportez-lui un petit cadeau, leur gourmandise préférée, une petite carte sympa ou des fleurs

"Les petits cadeaux comme les fleurs ou les bonbons sont toujours agréables quand on va mal. Les fleurs sont belles à regarder et font très souvent naître un sourire sur mon visage. Et les bonbons et le chocolat, c'est tellement bon! Comment résister?" Culbertson

Cet article, publié sur le HuffPost américain, a été traduit par Catherine Biros pour Fast ForWord.

Rédigé par hl_66

Publié le 12 Août 2019

 

Michel Serres, Ph.D. (1930), French philosopher specialized in epistemology, professor as well as a writer, member of the prestigious French Academy (March 29th 1990), honoured with National Order of the Legion of Honour (Grand Officier de l’Ordre de la Legion d’Honneur) in July 2010, at his Parisian residence on May 5th, 2012. Picture by Manuel Cohen

En hommage à Michel Serres, nous republions un entretien exclusif qu'il nous avait accordé le 3 avril 2015.

 

 

 

Dans son dernier livre « Pantopie : de Hermès à Petite Poucette », le philosophe et académicien Michel Serres, 84 ans, revient sur les personnages et les concepts clés de son œuvre. Rencontre.

Pourquoi ce livre « Pantopie : de Hermès à Petite Poucette » , rédigé sous la forme d’entretiens ?

Tout est parti d’une rencontre avec Martin Legros et Sven Ortoli, deux journalistes de Philosophie Magazine qui m’ont proposé de faire le point sur l’ensemble de mon œuvre sous la forme de questions-réponses. Nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises pendant un an pour réaliser ce travail. Ces deux journalistes ont un talent que je n’ai pas pour permettre au grand public d’appréhender des concepts compliqués. Au final, ce livre est une synthèse très vivante de ma pensée.

 

Pour quelle raison dites-vous que la séparation entre les lettres et les sciences dans l’éducation est « très dommageable pour l’innovation » ?

L’Ecole normale supérieure, où j’ai obtenu l’agrégation de philosophie, a cette particularité qu’elle mélange depuis deux siècles des littéraires et des scientifiques. Et ça marche ! Je me souviens d’une scène à laquelle j’ai assisté, au début des années 1950, dans le réfectoire de l’ENS. Les scientifiques venaient de recevoir les premiers ordinateurs construits par des Américains. Ils échangeaient sur les mérites de ces machines et se demandaient comment traduire computers en français. Un littéraire, spécialiste du latin et de la théologie médiévale, très éloigné des sciences, s’est invité dans la conversation et a fait le rapprochement avec le deus ordinator, le dieu qui ordonne tout. Le mot ordinateur était né… Tous nos problèmes, aujourd’hui encore, sont interdisciplinaires. Le chômage, par exemple, touche aussi bien l’économie, que la finance, la démographie, la géographie … Dans ce contexte, il est très triste de rencontrer des littéraires qui ne connaissent rien aux sciences et, réciproquement, des scientifiques qui ne savent rien des lettres. Dans les deux cas, ils ignorent tout du monde moderne.

 

Avec le développement du numérique, les enseignants, mais aussi les médecins, n’ont plus le monopole du savoir. Cela vous inquiète-t-il ?

Au contraire, c’est une chance ! Ce n’est pas le monopole du savoir mais de l’information qui leur échappe. La différence est très importante. Si on s’intéresse au cancer par exemple, il est possible d’effectuer des recherches sur Internet, mais on ne va rien y comprendre. Il sera toujours indispensable de contacter un spécialiste qui pourra nous transmettre son savoir. Et puis envisager le savoir en termes de monopole, c’est abominable. Le savoir est à tout le monde, il est universel !

 

Compte tenu de la formidable évolution des technologies de l’information, le métier d’enseignant doit-il se réinventer ?

On n’a jamais eu autant besoin des enseignants ! Leur rôle perdure, mais il évolue. Autrefois, quand j’entrais dans un amphithéâtre, j’étais à peu près sûr que les étudiants ne savaient rien de ce que j’allais leur dire. Il y avait une présomption d’incompétence. Aujourd’hui, je suppose que la plupart de mes étudiants ont tapé le sujet de mon cours sur Wikipédia. Le travail des enseignants s’en trouve allégé car l’information est déjà passée, mais leur rôle de passeur de connaissances reste inchangé. Les cours en ligne bouleversent bien sûr l’enseignement supérieur. Mais cessons d’appeler ça les MOOC et de faire la publicité à nos concurrents américains en matière de numérique. C’est tellement ridicule de parler anglais en français ! Parlons plutôt de cours informatiques en ligne : CIEL, en abrégé, c’est quand même nettement plus joli, non ?

 

Vous dites qu’en France, on enseigne moins la philosophie que l’histoire de la philosophie. Voulez-vous dire qu’on ne sait plus réfléchir ?

Ce n’est pas la question. Je constate qu’on enferme le plus souvent les enseignements dans les lettres : on rabat la philosophie sur l’histoire de la philosophie, la littérature sur l’histoire de la littérature, la religion sur l’histoire de la religion. Il faut se délivrer du commentaire perpétuel, car c’est une sorte de gâtisme. A un moment, il faut essayer de philosopher et d’inventer !

 

Pourquoi dites-vous que « dans une classe, le professeur d’éducation physique devrait être le professeur principal » ?

Les professeurs d’éducation physique sont de très bons enseignants. Ils connaissent, en général, très bien les élèves, non pas uniquement par le biais de leurs performances mais dans leur identité corporelle, gestuelle et motrice. Or le corps est plus important qu’on ne le croit. Pour cette raison, j’estime qu’il faudrait donner plus d’importance aux professeurs d’EPS. J’ai en tout cas beaucoup d’estime et de reconnaissance envers mes anciens professeurs de gym, entraîneurs et guides de haute montagne. Ils m’ont appris beaucoup de choses.

 

Estimez-vous préoccupant que les jeunes soient de médiocres lecteurs et qu’ils présentent un mauvais niveau  de français écrit ?

Je ne suis pas persuadé qu’ils soient de mauvais lecteurs. Ils lisent moins de livres et encore moins de journaux, c’est une réalité. Mais ils lisent tout le temps, sur leur ordinateur ou leur tablette. Ils utilisent des abréviations dans les textos. Mais est-ce différent de la sténographie utilisée autrefois par les secrétaires ?

Concernant le niveau en français, il s’agit plutôt d’un problème de la langue qui préoccupe de la même façon bon nombre de pays européens. J’appartiens à l’Académie française qui confectionne un nouveau dictionnaire, tous les 15 à 18 ans, le temps que la langue se stabilise. Et aujourd’hui, nous pouvons calculer le gradient de différence de vocabulaire entre deux parutions. Depuis quatre siècles, entre chaque édition, le gradient entre les mots qui tombent et les nouveaux s’élève à 4000 mots. Mais entre notre dernier dictionnaire et celui que nous éditerons dans un ou deux ans, le gradient est de 37 000 mots. Ce n’est pas la faute des technologies : la langue est en train de muter ! Le portugais, l’italien ou encore l’anglais sont soumis aux mêmes mutations. Cela vient du changement profond des métiers et de pratiques qui ont disparu !

 

 

Rédigé par hl_66

Publié dans #Réflexion