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Publié le 24 Mai 2018

 

Florence Millot

 

 

 

A y regarder de près, dès que le mot obéissance sonne à nos oreilles, il crée la panique en nous car il nous pose d’emblée en situation de réussite ou d’échec

 

"Tu dois obéir!", "Ce n'est pas toi qui décides!", "C'est moi l'adulte, ce n'est pas à l'enfant de décider!" sont tant de mots que nous prononçons, croyant jouer notre rôle de parent, nous plaçant faussement dans un sentiment de toute puissance. Pourtant, nous observons que plus nous le croyons, plus l'enfant se joue de nous et plus nous nous sentons impuissants intérieurement. "Tu es vraiment nul si tu n'arrives même pas à te faire obéir d'un plus petit que toi"

 
Alors pourquoi continuons-nous? D'où nous vient cette idée que les enfants doivent nous obéir si cela fait souffrir autant l'enfant que l'adulte qui prend un rôle qui ne lui convient pas?

Quand l'obéissance nous renvoie un sentiment d'incompétence.

A y regarder de près, dès que le mot obéissance sonne à nos oreilles, il crée la panique en nous car il nous pose d'emblée en situation de réussite ou d'échec: soit mon enfant m'obéit et j'ai gagné, soit mon enfant ne m'obéit pas et j'ai perdu ou je me suis fait manipuler.

 

Une telle pensée provoque des tensions et des crispations dans tout notre corps et des sentiments négatifs "je me sens dépassé, impuissant, en colère, j'ai envie d'abandonner". Cette idée qu'il faut se faire obéir créer une position d'emblée asymétrique et un rapport de force entre soi et l'enfant qui n'engendre que du stress.

 

Ce qui se passe dans la tête du parent: le fil de l'émotion

Nous savons aujourd'hui que émotions et représentations sont liés. Une seule pensée, impression ou sensation provoque des effets dans le corps comme si tout était pris pour vrai. Le cerveau réagissant et ne faisant pas la différence entre le réel et l'imaginaire ; Prenons un exemple avec un simple colère d'enfant.

 

Etape 1: Mon enfant crie. Il fait une colère.

Je commence à penser qu'il le fait exprès, qu'il est insolent ou qu'il profite de moi je réagis. Mon propre film intérieur commence en fonction de l'interprétation que j'ai faite de la situation et non ce qui peut réellement se passer dans tête de mon enfant.

Etape 2: J'alimente mes interprétations

Je continue à penser le pire, j'alimente seule ma colère, sans tenir compte de mon enfant. « Après tout ce que j'ai fait pour lui, il est ingrat, il est comme son père, c'est un vrai manipulateur, j'ai l'impression qu'il va me faire vivre le même calvaire...."

Etape 3: Je crois que ce que je pense est forcément vrai

Je rajoute ainsi de la colère à la colère. Je suis dans mes pensées. J'autoalimente la situation en me racontant les pires choses possibles sur mon enfant ou sur moi et ce qui me fait le plus souffrir c'est que je crois encore à l'histoire que je me raconte.

Etape 4: Mes émotions prennent le relais de mes pensées.

Mon plexus solaire se serre, je me sens de plus en plus triste, démunie, impuissante et incapable de faire face à la situation avec la colère de mon enfant. Je ne me rends pas compte que c'est moi même qui, par mes pensées, me fait souffrir sans que mon enfant y soit pour quelque chose. Le cri ou la désobéissance de mon enfant pour un détail (un bonbon, un jeu) comme stimulus, entraîne en moi tout un scénario catastrophe, des accusations contre mon enfant qui n'en a même pas conscience.

Etape 5: Tout mon corps se tend, se crispe et mes mots dépassent ma pensée

De telles pensées donnant sur un rapport de force imaginaire, agissent sur notre cerveau reptilien, réveillant en nous un positionnement instinctif: "si l'on m'attaque ou en cas de danger, potentiel ou réel, je dois réagir et me défendre peu importe si c'est contre mon enfant". Ainsi, dès que je me sens humiliée ou manipulée (même en fantasme) mon corps à envie de se protéger: crier encore plus fort, faire peur, donner parfois une gifle par instinct de survie. Je me sens tellement sous stress avec toutes ces pensées qui m'envahissent que je suis hors de moi, en automatique. Incapable de penser ou de prendre du recul, la violence verbale ou physique pointe le bout de son nez,

Etape 6: Mon enfant ne comprend pas ce qui se passe.

Il est resté sur sa colère initiale (vouloir un bonbon, un jeu) et prend peur. Sous stress à son tour, il rit nerveusement, il pleure de plus belle car il ne comprend par notre propre tempête émotionnelle. Nous avons souvent l'impression que crier est efficace car notre enfant s'arrête de crier. En réalité, il s'arrête par ce qu'il a pris peur. Mais il continuera dans l'heure car il n'a pas pu être contenu par vous dans son émotion.

Etape 7: Je me sens fautive et je regrette

Face aux mots que j'ai employés et qui ont dépassé ma pensée, je culpabilise. Je me sens être un mauvais parent. Je le prends dans mes bras. Et puis quelques heures après, les crises reprennent. Parent et enfant ne se sont pas compris. Un nouveau film intérieur prendra le dessus sur mes bonnes résolutions. Il devra m'obéir, un point c'est tout. Demain je ne me laisserai plus faire avec ses crises, je vais sévir. Mais demain, tout recommence

Alors pourquoi continuer à croire à cette histoire de l'obéissance? Les enfants n'aiment pas obéir, tout comme nous. Car chaque parent qui cherche à absolument à ce qu'on lui obéisse se ferme, se tend et ressent une pression interne qu'il fait vivre à son enfant. Son enfant en réponse, se ferme. Il lui désobéit. Non pas pour lui faire du mal ou le manipuler et le faire exprès, mais parce que tout rapport de force réactive le cerveau reptilien, le cerveau de la survie et des comportements archaïques pour se défendre qui sont au nombre de trois: fuir, se figer, attaquer.

Nos enfants nous veulent toujours du bien

Posons-nous une autre question: quel serait l'intérêt pour l'enfant qui est totalement dépendant de son parent pour survivre (avoir un toit, de la nourriture, de l'affection) de lui faire vivre un calvaire juste pour le plaisir de lui désobéir? Aucun. Même un enfant qui vous rit au nez, a peur intérieurement de perdre votre amour car il vous voit fâchée. C'est d'ailleurs pour cela qu'il vous colle pour un câlin après.

Bien sûr, l'enjeu de notre propos n'est certainement pas de tout laisser passer aux enfants, ni de leur poser aucune limites ou aucune cadre, fondamental à leur bon développement. L'enjeu ici est de comprendre que l'intention de vouloir dominer un enfant dans un rapport de force nous amène fatalement à une situation d'échec, de mésestime de soi et un rapport perdant/perdant.

 

Ed. Hachette Pratique

 

Florence Millot - Mon enfant n'obéit pas. 1 problème, 7 solutions - Ed. Hachette pratique

Rédigé par hl_66

Publié dans #Réflexion

Publié le 13 Mai 2018

 

Chris McGuire

Père au foyer et auteur

 

 

 

Auteur et blogueur, papa dépassé. Après avoir fait carrière à Londres en tant que scénariste et producteur d’émissions pour enfants, Chris est aujourd’hui père au foyer. Il s’occupe de son fils, ‘Sam’. Sur son blog, il donne un aperçu sans retenue de sa vie de jeune papa.

Nous devrions les aider à prendre conscience de la chance qu’ils ont.

 

Lorsque nos enfants sont jeunes, nous sommes tout pour eux. C'est un rôle extrêmement important, et cela m'inquiète quand j'y pense trop. À leurs yeux, nous sommes pourvus de facultés presque surhumaines. Notre plus grand don est de faire en sorte que tout aille bien.

 

Bien sûr, en tant qu'adultes, nous savons que ce n'est qu'une illusion. Entretenir le mythe d'une vie ordonnée et méthodique, où il n'y a aucun problème que papa-maman ne puissent résoudre, devient un métier à plein temps. Perpétuer ce mensonge et entretenir l'innocence de nos enfants quant au véritable fonctionnement du monde peut devenir épuisant. Pour la plupart des gens, les enfants doivent croire en un monde "juste", où le bien triomphe toujours du mal et où chacun peut trouver sa place.

 

Pour préserver cette idée, le parent se transforme en jongleur, s'efforçant de faire tourner des assiettes en porcelaine le plus longtemps possible au sommet d'un poteau, en sachant pertinemment qu'elles finiront par tomber.

 

Peut-être devrions-nous revoir notre conception de la justice. Peut-être serait-il préférable de donner aux enfants une vague idée des défis que le monde peut poser, en leur expliquant délicatement que ces défis ne sont pas toujours régis par une quelconque 'justice' cosmique.

 

Je me rappelle encore le jour où je me suis rendu compte que mes parents ne pouvaient pas tout régler, le jour où j'ai compris qu'il n'y a que les enfants pour croire à la justice, au même titre que le père Noël ou la petite souris.

Quelques jours plus tôt, à mon retour de l'université, on m'avait appris que ma mère allait mourir d'une tumeur au cerveau inopérable. J'avais tout juste 20 ans. Et pourtant, je n'avais pas bien compris le message. Les mots comme "décès" sonnaient creux car, pour moi, tout allait s'arranger. Rien de tout cela n'avait de sens dans ma conception (limitée) du monde. Mes parents allaient trouver une solution, et tout irait bien.

Ce n'est que lorsque j'ai vu ma mère, d'habitude stoïque, en larmes avec ma tante, que tout a changé. Sans s'apercevoir de ma présence, elle a dit à sa sœur que ce n'était "pas juste". Elle allait être privée de tous les moments à venir avec sa famille, qu'elle avait "mérités", et elle n'arrivait pas à comprendre.

Ce n'est qu'alors, à l'âge relativement avancé de 20 ans, que j'ai compris que de mauvaises choses arrivent à de bonnes personnes tous les jours. Ces événements n'étaient pas justes, mais ils étaient réels. Le déni est l'une des émotions humaines les plus fortes. Jusqu'à ce jour, j'avais eu beau être témoin de toutes sortes d'injustices aux infos, je m'étais tout de même raccroché à ma vision d'un monde "juste". Il a fallu que le destin frappe à ma porte pour que je comprenne que tout ne finissait pas forcément bien.

Le monde n'est pas juste. Les gentils ne triomphent pas toujours. Il arrive que les méchants parviennent à leurs fins. Ceux qui font des efforts ne réussissent pas forcément. Certains ont de la chance et d'autres, uniquement de la malchance.

Ce qui me ramène à la parentalité. Rendons-nous vraiment service à nos enfants en les protégeant du monde extérieur? D'une manière générale, je dirais que oui. Les enfants n'ont pas à subir le fardeau de toute la tristesse du monde.

En revanche, nous avons la responsabilité de leur expliquer en douceur que le monde n'est pas toujours juste. Il est important de leur ouvrir les yeux sur la réalité pour les préparer à être généreux et bienveillants une fois adultes. En tant que parent, je trouve primordial que mon fils sache que nous ne partons pas tous avec les mêmes chances dans la vie.

J'estime que nous avons le devoir d'inculquer à nos enfants que, même si le monde n'est pas toujours juste, nous devons l'être en toute circonstance. Nous devons porter les valeurs de justice que notre société est si encline à ignorer.

Encourager l'empathie n'est pas chose aisée. Il est déjà difficile d'y parvenir à l'âge adulte, mais demander à un enfant de se mettre à la place de quelqu'un d'autre est à la limite de l'impossible. Selon moi, ce processus est d'autant plus parasité par une vision du monde trompeuse, où l'on n'a que ce que l'on mérite et où tout est bien qui finit bien. À quoi bon s'inquiéter des besoins des autres dans un univers qui s'équilibrerait de lui-même?

Si nos enfants comprennent qu'ils sont privilégiés, cela ne peut que les encourager à ressentir de la sympathie pour ceux qui ne le sont pas. Et en cas de coup dur, ils ne seront pas paralysés par un sentiment d'injustice, comme je l'ai été lorsque ma mère est décédée.

Attention, je ne suis pas en train de dire que nos enfants doivent arrêter de regarder des Disney, où le bien triomphe toujours. Je ne dis pas non plus qu'ils doivent passer leurs soirées devant les infos. Je dis simplement que nous devons les aider à prendre conscience de la chance qu'ils ont. Car en fin de compte, plus que la justice, c'est bien souvent la chance qui dicte nos vies.

Ce blog, publié à l'origine sur le HuffPost britannique, a été traduit par Typhaine Lecoq-Thual pour Fast For Word.

Rédigé par hl_66

Publié dans #Réflexion